
Que symbolisent aujourd'hui le tutoiement et le vouvoiement ?

Sur la toile, on tutoie des inconnus que l'on ne rencontrera jamais.
Le tutoiement offrirait-il, dans cet espace l'illusion d'une intimité qui n'existe pas dans la réalité ? Ce qui me gêne dans les messages virtuels, c'est l'absence de la gestuelle qui aide à la compréhension des mots. Nous possédons chacun une histoire personnelle qui nous conduit à une interprétation différente des mots. Comme si nous ne parlions pas la même langue.
La vidéo pallierait-elle à ces différences d'interprétation ? Pas sûr. Pour moi, la vidéo représente une violation de l'intimité, une mise en danger de soi. On ignore qui nous regarde.
Quand je rédige un commentaire je veille à exprimer courtoisie et respect. Je le dois à la personne qui a créé le blog que je visite.
Depuis novembre l'émission les "Grandes Gueules" que l'on écoutait seulement sur la radio RMC, passe sur la chaîne télévisée numéro 23.
Le tutoiement règne entre les participants. Pourtant, chaque Grande Gueule appartient à un milieu social différent de celui des autres. C'est comme si le tutoiement maintenait un lien dans ce groupe hétérogène dont les opinions divergent.
J'ai tutoyé mes collègues et la proche hiérarchie pendant quarante ans.
J'ai été tutoyée seulement par deux clients :
- le premier, faisait la manche déguisé en père Noël dans un couloir de la gare du Nord
- le deuxième, quelques années plus tard, était le compagnon, d'une cliente aisée et exigeante. Ma courtoise et mon dévouement à leur égard m'avaient valu, au fil des mois, l'amitié de ce couple.
Mais je n'ai jamais osé tutoyé en retour. Je m'arrangeai pour que mes paroles ne fassent pas appel au vouvoiement ou au tutoiement. Pour ne pas offenser.
J'ai achevé ma carrière aux Ressources Humaines.
Je tutoyais les jeunes directeurs d'agence qui avaient l'âge d'être mes enfants. Le tutoiement réciproque tissait une intimité qui favorisait leurs confidences quand ils n'en pouvaient plus. Ma collègue et moi prenions le temps de les écouter et de leur parler.
Le vouvoiement était réservé au staff du groupe qui nous méprisait.
"Vous me méprisez, je vous méprise"
Je me souviens que lorsque j'ai été embauchée au début des années 70, on vouvoyait la chef de service. Nous tutoyions les collègues déjà en place et les interpellions par leur nom, car c'était l'usage.
Il y a eut beaucoup d'embauche ces années-là. Nous sortions tous du lycée pour la plupart. Nous usions de nos prénoms, surnoms et du tutoiement. Nous déjeunions ensemble, sortions ensemble le week-end et pendant les vacances.
Mai 68 était passé par là. Nous nous sommes cotoyés , pour certains et certaines, sur le lieu de travail pendant plusieurs décennies.
Alors, quand le pli est pris ... même la privatisation n'y a rien changé.
Dans le groupe d'aquarelle que je fréquente, j'ai tutoyé, bisouté et usé des prénoms dès que je suis arrivée en septembre.
J'ai besoin d'une ambiance amicale.
Un jour ma mère m'expliqua qu'un couple de leurs amis vouvoyaient leurs enfants et que nous devrions manger à part des adultes.
J'avais moins de huit ans et j'en fus offusquée. Je me suis sentie humiliée et rejetée.